Enfant, je voulais être photographe. Ma mère m'a dit de me trouver un vrai métier. Je l'ai écoutée. On écoute sa mère, on croit qu'on a raison de le faire, et peut-être qu'on a raison, on ne sait jamais avant longtemps. J'ai passé des années en cabine, dans l'aviation d'affaires. Hôte de bord. Je regardais partir les autres. Je les servais, je les accompagnais, je restais dans les coulisses de leurs voyages à eux. Ce n'était pas rien. Ce n'était pas ma vie non plus. Avant de partir — elle est partie en 2015 — ma mère m'a dit l'inverse de ce qu'elle m'avait dit avant. Que l'argent ne comptait pas. Qu'elle avait travaillé toute sa vie sans jamais en profiter. Que la seule chose qui importait, c'était que je sois heureux. On dit ça parfois, à la fin, quand il est trop tard pour le dire autrement. Je n'ai rien fait de ces mots pendant cinq ans. Ils étaient là, quelque part, et je faisais comme s'ils n'y étaient pas. Puis il y a eu le confinement. Le monde s'est arrêté, et moi avec. Je me suis souvenu. Je me suis dit : si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. C'était aussi simple que ça, et aussi difficile. J'ai racheté un appareil. J'ai recommencé, à Nantes. Je fais des portraits, des gens à un moment de bascule, comme moi je l'ai été. Pas pour qu'on soit beau. Pour qu'on se reconnaisse. On ne se voit jamais seul. Aujourd'hui, ce sont les autres qui viennent. On me trouve, on m'écrit, on pousse la porte. Je ne cours plus après rien : j'attends, et quand la bonne personne est là, je la reconnais, et je sais quoi faire. C'est peut-être ça, avoir mis du temps — on finit par savoir.
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Enfant, je voulais être photographe. Ma mère m'a dit de me trouver un vrai métier. Je l'ai écoutée. On écoute sa mère, on croit qu'on a raison de le faire, et peut-être qu'on a raison, on ne sait jamais avant longtemps. J'ai passé des années en cabine, dans l'aviation d'affaires. Hôte de bord. Je regardais partir les autres. Je les servais, je les accompagnais, je restais dans les coulisses de leurs voyages à eux. Ce n'était pas rien. Ce n'était pas ma vie non plus. Avant de partir — elle est partie en 2015 — ma mère m'a dit l'inverse de ce qu'elle m'avait dit avant. Que l'argent ne comptait pas. Qu'elle avait travaillé toute sa vie sans jamais en profiter. Que la seule chose qui importait, c'était que je sois heureux. On dit ça parfois, à la fin, quand il est trop tard pour le dire autrement. Je n'ai rien fait de ces mots pendant cinq ans. Ils étaient là, quelque part, et je faisais comme s'ils n'y étaient pas. Puis il y a eu le confinement. Le monde s'est arrêté, et moi avec. Je me suis souvenu. Je me suis dit : si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. C'était aussi simple que ça, et aussi difficile. J'ai racheté un appareil. J'ai recommencé, à Nantes. Je fais des portraits, des gens à un moment de bascule, comme moi je l'ai été. Pas pour qu'on soit beau. Pour qu'on se reconnaisse. On ne se voit jamais seul. Aujourd'hui, ce sont les autres qui viennent. On me trouve, on m'écrit, on pousse la porte. Je ne cours plus après rien : j'attends, et quand la bonne personne est là, je la reconnais, et je sais quoi faire. C'est peut-être ça, avoir mis du temps — on finit par savoir.
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