Enfant, je voulais être photographe. C'est venu tôt, et ce n'est jamais parti. Chez nous, une photo n'a jamais été un objet ordinaire. Dans beaucoup de familles, les images s'accumulent, se perdent, se remplacent sans qu'on y pense. Pas dans la mienne. J'ai grandi en sachant, sans qu'on ait eu besoin de me l'expliquer, qu'une photographie pouvait être la seule chose qui reste — quand tout le reste, un jour, n'est plus là. On ne regarde pas une image de la même façon quand on a compris ça très tôt. On sait ce qu'elle pèse. Ma mère photographiait. C'est en la voyant faire que j'ai su, avant de pouvoir le dire, que je voulais passer ma vie à fabriquer ces choses-là — ce qui tient, ce qui garde. L'enfance n'a pas été simple. J'ai été de ceux qu'on désigne, qu'on met à l'écart — de ceux qu'on regarde mal, ou qu'on ne regarde pas du tout. Je crois que c'est de là que vient mon besoin de bien regarder les autres : je sais ce que ça coûte de ne pas l'être. Quand j'ai dit que je voulais en faire mon métier, ma mère m'a répondu de trouver quelque chose de sérieux. Alors j'ai rangé le rêve, et j'ai fait autre chose. J'ai été steward, chef de cabine, hôte de bord dans l'aviation d'affaires — des années à accueillir, à veiller sur les gens le temps d'un vol. Je ne le savais pas encore, mais j'apprenais déjà le vrai métier : m'occuper de quelqu'un, de près, avec attention. Et puis il y a eu la fin de la vie de ma mère. Avant de partir, elle m'a dit, en substance, ce que le temps lui avait appris : qu'on ne rattrape pas ce qu'on n'a pas vécu, que l'argent ne suit personne, et que la seule chose qui compte, c'est d'être heureux. Elle qui m'avait dit de ranger le rêve me le rendait, à la fin, comme on rend ce qu'on aurait voulu s'autoriser soi-même. Ce qui me rend heureux, je le sais : être avec les autres, et en faire des images. C'est tout, et c'est immense. YACHOKI est né de là — pas d'une envie de faire des photos, mais de savoir ce qu'une image peut valoir, et de la décision de ne plus attendre pour en faire ma vie. C'est pour ça que je ne prends personne à la va-vite. Je prends le temps de regarder — vraiment, comme j'aurais aimé l'être. Parce qu'une image faite avec ce soin-là, c'est une image qui tiendra. Quand vous viendrez, vous ne serez pas un client de plus devant un objectif. Vous serez quelqu'un dont on fabrique, avec attention, quelque chose qui restera.
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Enfant, je voulais être photographe. C'est venu tôt, et ce n'est jamais parti. Chez nous, une photo n'a jamais été un objet ordinaire. Dans beaucoup de familles, les images s'accumulent, se perdent, se remplacent sans qu'on y pense. Pas dans la mienne. J'ai grandi en sachant, sans qu'on ait eu besoin de me l'expliquer, qu'une photographie pouvait être la seule chose qui reste — quand tout le reste, un jour, n'est plus là. On ne regarde pas une image de la même façon quand on a compris ça très tôt. On sait ce qu'elle pèse. Ma mère photographiait. C'est en la voyant faire que j'ai su, avant de pouvoir le dire, que je voulais passer ma vie à fabriquer ces choses-là — ce qui tient, ce qui garde. L'enfance n'a pas été simple. J'ai été de ceux qu'on désigne, qu'on met à l'écart — de ceux qu'on regarde mal, ou qu'on ne regarde pas du tout. Je crois que c'est de là que vient mon besoin de bien regarder les autres : je sais ce que ça coûte de ne pas l'être. Quand j'ai dit que je voulais en faire mon métier, ma mère m'a répondu de trouver quelque chose de sérieux. Alors j'ai rangé le rêve, et j'ai fait autre chose. J'ai été steward, chef de cabine, hôte de bord dans l'aviation d'affaires — des années à accueillir, à veiller sur les gens le temps d'un vol. Je ne le savais pas encore, mais j'apprenais déjà le vrai métier : m'occuper de quelqu'un, de près, avec attention. Et puis il y a eu la fin de la vie de ma mère. Avant de partir, elle m'a dit, en substance, ce que le temps lui avait appris : qu'on ne rattrape pas ce qu'on n'a pas vécu, que l'argent ne suit personne, et que la seule chose qui compte, c'est d'être heureux. Elle qui m'avait dit de ranger le rêve me le rendait, à la fin, comme on rend ce qu'on aurait voulu s'autoriser soi-même. Ce qui me rend heureux, je le sais : être avec les autres, et en faire des images. C'est tout, et c'est immense. YACHOKI est né de là — pas d'une envie de faire des photos, mais de savoir ce qu'une image peut valoir, et de la décision de ne plus attendre pour en faire ma vie. C'est pour ça que je ne prends personne à la va-vite. Je prends le temps de regarder — vraiment, comme j'aurais aimé l'être. Parce qu'une image faite avec ce soin-là, c'est une image qui tiendra. Quand vous viendrez, vous ne serez pas un client de plus devant un objectif. Vous serez quelqu'un dont on fabrique, avec attention, quelque chose qui restera.
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